Festival Lenten à Siquijor
Le rendez-vous annuel des druides et guérisseurs philippins

Chaque mois d'avril, Siquijor accueille pendant 1 mois un festival unique en son genre : le festival des herbes médicinales. Ce festival s'inscrit dans une tradition animiste, mélangeant superstition païenne et croyance catholique. Venus de Manille, Cebu ou de Mindanao, les druides des Philippines se retrouvent dans les Visayas, sur l'île de Siquijor, pour se réapprovisionner en herbes médicinales et en faire des potions miracles.

La magie de Siquijor

C'est sur l'île de Siquijor, et à cette période précise de l'année que les pouvoirs divins sont les plus forts. L'île regorge de plages, de forêts, de jungles, de grottes ... Une multitude de paradis naturels où les guérisseurs, surnommés Mananambal, vont y rechercher les plantes et autres ingrédients nécessaires à la préparation des remèdes.

Durant les 40 jours précédant Pâques, tous les vendredis, ils partent dans les jungles et les denses forêts de l'intérieur de l'île cueillir plus de 74 plantes différentes. Certaines d'entre elles ne poussent que sur ces terres. L'île a ainsi acquise une réputation d'île ensorceleuse dans tout l'Archipel et les meilleures potions sont réputées venir de cette petite île des Visayas. Cette cueillette toute particulière, appelée Pangalap, s'arrête le Vendredi. Plus aucune autre plante ne sera ensuite ramassée jusqu'à l'année suivante.

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Mananambal et Mambabarang, guérisseurs et sorciers philippins.

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Noel Torremocha est un Mananambal, un guérisseur. « Ici nous croyons encore à ce que la Nature et l'Homme ne font qu'un. La nature cherchera toujours à se guérir par elle-même. »

 

A côté de lui officie un Mambabarang, un sorcier. Généralement, les Mambabarang sont plus réservés et ne prodiguent leurs dons que dans des lieux cachés ou en cercles fermés.

 

Le festival de Siquijor est un des rares endroits, où protégés par la puissance des lieux, ils acceptent de pratiquer à la vue de tous.
On devient Mananambal ou Mambabarang par héritage. Tous les guérisseurs et sorciers tiennent leur savoir de leur père ou de leur mère, qui l'ont eux-mêmes appris de leurs parents. L'initiation et la transmission est affaire de famille et chaque île abrite de grandes lignées ininterrompues de druides.

 

Pagluto, remèdes et potions magiques pour conjurer les sorts et attirer la faveur des cieux.

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Une fois ramassées, les herbes médicinales sont coupées, chauffées, malaxées par les initiés philippins, puis mixées avec de l'huile de coco (Lana), du Kulafo, ou encore du Rhum blanc Ginebra San Miguel , rhum locaux. Ces potions, appelées pagluto, sont ensuite transvasées dans de petites fioles le Samedi de Pâques.

 

Outre les maux physiques, comme les rhumatismes ou l4asthme, certains Pagluto ressemblent davantage à des elixirs. Les plus romantiques y trouveront les gayuma, filtres d'amour, ou des taliguro ou talirunghay, des potions de séduction. Les plus ambitieux auront le choix entre le tagiwilipour la bonne fortune, ou tagihumok pour la réussite dans la carrière.
Mais aucune potion ne devient magique sans croyance « Le talisman le plus précieux reste la foi. Le remède le plus efficace est la foi, le patient doit croire qu'il va guérir pour qu'il puisse l'être véritablement. »

 

Régénéré par ces superstitions toutes-puissantes et protégé par les esprits de Mère Nature, chaque druide repart alors sur son île guérir les maux, pourvus de fioles magiques et bénis par les esprits de Siquijor jusqu'à l'année.


Credit photo: Sidney Soack - Blog My Sarisari Store